1ère édition de la Foire des Entreprises et Industries Culturelles du Niger (FICNI) à Niamey : une foire pour les entrepreneurs culturels ou pour les institutions de l'État?


 
 
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lundi 10 mars 2014

Les derniers stands qui ont abrité les participants à la 1ère édition de la Foire des Entreprises et Industries Culturelles du Niger (FICNI) organisée par l'APEIC (Agence de Promotion des Entreprises et Industries Culturelles) du Niger) et tenue du vendredi 28 février au mercredi 05 mars au CCOG (Centre Culturel Oumarou Ganda) de Niamey, viennent de se vider. Une soirée culturelle durant laquelle des attestations de participation ont été remises aux différents exposants, a marqué la fin de la manifestation dont la prochaine édition est prévue pour 2015. Belle fête clament les uns. La fête aurait été plus belle si..., soutiennent les autres. Visite sur les lieux.

 Le vendredi 01 mars, après 9 heures, la foire a commencé avec la Fatiha. Puis les traditionnels discours. D'abord, celui du gouverneur de la région de Niamey qui s'est félicité de la tenue de cette importante manifestation dans sa région. Après, c'est au tour du ministre de la Culture, des Arts et des Loisirs, monsieur Ousmane Abdou, d'annoncer son allocution. À la fin, officiels comme public se sont transportés sur les lieux de la foire. Pour visiter les stands.

Le ruban une fois coupé, on découvre le décors. Le site abritant la foire est, selon une scénographie classique, divisé en 2 parties. Une partie nord, occupée par les opérateurs et entrepreneurs culturels privés. Une partie sud occupée par les institutions de l'État. Comme une frontière entre les deux rangées de stands, du côté est, un stand est tombé du ciel. On peut lire: Gatan Gatan. Gatan Gatan, c'est l'entreprise culturelle qui organise le Festival du Conte et de l'Oralité de Dogondoutchi. Pour cette circonstance, Gatan Gatan est un intrus. Ainsi que l'expliquent les organisateurs de la FICNI, Gatan Gatan, en tant qu'entrepreneur culturel, n'a pas été invité à la foire des entreprises culturelles. Alors ce participant intrus côtoie une table de vendeur de son. La table de pas plus de deux mètres et demi, et qui n'a pas bénéficié d'un stand, participe à la foire à même l'air libre. Cette table-stand est réservée... à toute la musique moderne nigérienne.

Quand on commence la visite par le côté sud, bout ouest, à tout seigneur tout honneur, le 1er stand est celui de APEIC. De là, tout se coordonne. C'est la direction. Le 2ème stand est celui de CELHTO (Centre d'Études Linguistiques et Historiques par Tradition Orale) . Le 3ème, celui du CNCN (Centre National de la Cinématographie). Le 4ème stand celui du CNRBLP (Centre National du Réseau des Bibliothèques et de la Lecture Publique). Le 5ème stand celui du CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien). Le 6ème celui du CCOG (Centre Culturel Oumarou Ganda). Le 7ème celui du Musée National Boubou Hama. Le 8ème celui du Palais des Congrès. Le 9ème enfin qui sort du lot des institutions de l'Etat, est celui de la filière livres.

Le côté nord est donc réservé aux entrepreneurs culturels. La filière Arts plastiques, la filière Mode, le Cinéma, l'Audio-visuel. Un total de 4 ou 5 vrais stands tout au plus. Le grand Moustapha Kadi, dont le mérite n'est point à dire au Niger, avec son stand, semble plus s'y être invité.

A l'évidence, il y a plus de stands État et Associés, que ceux des vrais entrepreneurs culturels nigériens. C'est un constat.

"L'idée de cette foire est très bien. Le passage de l'idée d'organiser cette manifestation à sa tenue est excellente. Seulement dans son fond, la foire est passée à côté". Voilà l'impression que la plupart des participants ont de cette manifestation.

Pourquoi passée à côté? Pour Aminatou, exposante: "la foire est passée à côté parce qu'elle aurait dû être organisée non pas par APEIC dont le rôle se réserverait à celui d'encadreur, mais par les entrepreneurs culturels eux-mêmes". Elle ajoute: "Toutes les institutions devraient participer en tant que partenaires. Mais surtout pas d'exposants."

D'ailleurs, un promoteur culturel, avec une évidente amertume, après avoir fait le tour des stands désespérément vides de public dit en soupirant: "C'est franchement dommage que ce soient des gens de APEIC seuls avec quelques cadres du ministère de la culture qui ont organisé cette manifestation." En montrant les stands avec une moue, il poursuit : "Voyez les conséquences directes de cela. Il y a une absence frappante des artistes, et un faible engouement de la population pour la chose. "

En effet, qui connaît assez bien le paysage culturel nigérien, est frappé par le nombre réduit des exposants. Surtout, on constate de prime abord un vide et une absence de grandes entreprises culturelles qui font la fierté de la culture nigérienne. "Où est Djadja de Djadja production? Où est Phéno? Où est Marie Adji de Fofo? Où est l'un des plus grands sites culturels nigériens qu'est nigercultures?" demande un directeur de festival qui dit être venu juste pour faire honneur à la culture nigérienne. Et d'ajouter indigné : "Où sont les festivals culturels nigériens, comme Emergences, festival du théâtre à Niamey? Paroles de femmes, ou Sukabe, pour ne citer que ceux-là parmi la panoplie des dizaines de festivals culturels représentatifs de l'entrepreunariat culturel qui existent un peu partout au Niger"? En levant les deux mains au ciel et en les laissant tomber dans un geste de désespoir, il demande finalement: "Pourquoi il n'y a pas un stand pour les médias? Pourquoi tous ces artistes, toutes ces structures, n'ont pas été associés à cet événement culturel qui est le leur, d'abord? N'ont-ils pas le droit? N'ont-ils pas le mérite"? Les questions restent posées.

Cette autre question posée par un entrepreneur culturel venu de "l'intérieur du pays" installé aujourd'hui à Niamey par la force des choses, mérite l'attention : "Ne doit-on pas donner une dimension vraiment nationale à la foire en impliquant pleinement les autres régions? C'est à dire à les y faire participer de façon équilibrée et équitable? En effet, pourquoi des 66.400.000 francs sollicités dans le TDR pour l'organisation de la foire, seuls 994.000 francs ont été prévus pour l'intérieur du pays? Pourquoi un tel déséquilibre"?

Au mieux, par cette forme qui a été donnée à cet événement culturel par ses organisateurs, et qui est de le gérer sans les artistes et les entrepreneurs culturels qui sont les premiers concernés, en quoi est-ce qu'il assure la promotion vantée à tout vent de ces entrepreneurs culturels nigériens? En quoi est-ce qu'il donne de la visibilité à leurs produits, qui ne sont pas exposés, à leurs services qui ne sont pas mis en contact avec le public? Par son organisation, de cette façon, qu'est-ce les entrepreneurs culturels y gagnent, puisqu'ils ne sont même pas là? Quel service, concrètement, il leur rend?

"Aucun, répond avec amertume un jeune entrepreneur dont le projet culturel a été retenu suite à l'appel à projets culturels de APEIC. Puisque l'État, à travers les cadres du ministère et les institutions dont APEIC est un démembrement va continuer à semer le trouble dans le secteur en se substituant aux vrais opérateurs culturels".

Finalement, comme on a l'habitude de l'entendre, on a eu droit à de beaux discours. Aujourd'hui, il faut qu'on se le dise, ce n'est pas de discours, de tables rondes, de conférences, que la culture nigérienne a besoin. Ce dont ont besoin les artistes et les promoteurs culturels, c'est de se voir aider, promouvoir, produire. C'est sortir de l'informel. Ça c'est du concret.

La foire des entreprises et industries culturelles sans les entrepreneurs et les industries culturelles n'est qu'un faux départ. Car cette façon de foire ne va pas faire émerger des talents. Elle ne va pas promouvoir les entreprises ou les industries culturelles. Elle va les étouffer sinon les tuer.

Ce que les entrepreneurs culturels attendent,-leur intérêt y va ainsi-  c'est que les deux fois dix entreprises culturelles retenues à l'issue de l'appel à projet 2012 et 2013 sortent de l'idée et passent à l'entreprise.

La barrière des vingt pour cent qu'on leur pose comme caution bancaire doit être levée. Lors de l'appel à projet, APEIC a oublié d'informer ceux qui ont concouru qu'ils doivent déposer une caution bancaire de vingt pour cent pour avoir des prêts à la banque, condition nécessaire et passage obligatoire pour démarrer leur entreprise. "Si nous avions ces vingt pour cent qui nous sont exigés, n'aurions-nous pas déjà démarré notre entreprise? Sans APEIC", demande un éminent artiste.

Il y a un malaise évident dans le secteur de l'entreprise culturelle nigérienne. "Ce malaise s'appelle hypocrisie. Et mesquinerie", dit un jeune slameur qui pour l'occasion rappe ses mots. Car la vraie volonté manque aux responsables pour véritablement appuyer le secteur. On préfère, quelque part, entretenir l'image d'un artiste nigérien soumis, mendiant et griot et de l'entrepreneur à entreprise assistée. Dans les coulisses, il court le bruit que l'Etat aurait voulu s'engager pour trouver une solution aux 20% de caution bancaire demandés aux entrepreneurs culturels dont les projets culturels ont été retenus par APEIC. Mais, nous confie un jeune cadre qui l'a entendu de bouche à oreille, "certains cadres inamovibles du ministère, esprits véreux acquis à l'idée que la culture avec ses dérivés se résume à la culture directe de leurs intérêts, ont dit : tout celui qui veut ouvrir son entreprise n'a qu'à aller chercher son argent. Même s'il doit vendre le champ de son père."

Avec ces petites gens, peut-on espérer construire quelque chose de grand? Une culture entrepeunariale digne d'un pays aussi grand que le Niger?

On attend qu'un bilan clair soit fait sur cette première Foire des Entreprises et Industries Culturelles du Niger. Sans aucune complaisance. Pour assurer aux bailleurs de fonds qu'ils ont investi dans le bon camp. Et qu'ils n'investissent pas dans les poches de quelques cadres et fonctionnaires véreux qui vivent du sang des entrepreneurs culturels nigériens. Pour rassurer les entrepreneurs culturels que personne ne va leur ravir leur place et leur rôle dans un cadre qui leur appartient.

Il faut ce bilan qui va dégager les réussites et les échecs de la FICNI. Qui va aider à corriger les erreurs commises pour une bonne foire nationale et non régionale des Entreprises et Industries Culturelles 2015.

Bello Marka

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