Rencontre avec un pécheur Sorko
jeudi 19 septembre 2013
Salou Sékou est un sorko âgé de 72 ans. Il pratique la pêche lors de la crue du Fleuve Niger et les cultures maraîchères lors de l’étiage (période où l’eau se retire du fleuve).
Parles nous un peu de la pêche que tu pratique?
Ce métier, je l’ai hérité de mes grands-parents. Aujourd’hui je suis en train de confectionner un filet, je le fais à la main, ça va me prendre 24h. On peut trouver ce genre de filet sur les marchés au Nigéria et au Ghana. Il y a diverses variétés de filet tels le mamar pour les gros poissons, le tawa-ziri, le birdji, le dandani etc. Pour pécher avec on peut l’étaler sur l’eau tout comme en dessous, ça dépend.
Des gros poissons tels que le kerraw vivent dans les endroits rocheux du fleuve, ils sont rare aujourd’hui à cause du manque de désensablement. Ce phénomène menace de faire disparaitre plusieurs parties du fleuve. Ce sable est entrainé au fleuve par ses affluents.
Il n’y a pas d’heure pour la pêche. La pêche on la fait à tout moment, la nuit comme le jour. Moi, je laisse le filet 24 heures dans le fleuve avant de le vider, aussitôt fini je le réinstalle. Cette méthode est appelé « Gania » en langue Zarma.
La pirogue, nous ne la fabriquons pas, nous l’achetons du Nigéria, souvent les marchands se promènent avec sur le fleuve Niger, et là nous en profitons pour payer. Leurs prix dépendent de leurs grandeurs. Les petites peuvent coûter jusqu’à 100 000 F. Des fois nous obtenons un don de pirogues de quelques projets basés au Niger. Ce sont des pirogues qui n’ont pas de moteur, nous conduisons à l’aide de pagaies.
Après la pêche, je transporte le poisson au marché pour la vente, dès fois ce sont les clients qui se déplacent jusqu’au bord du fleuve pour le payer. Ce n’est pas toujours que le marché est bon, d’ailleurs souvent nous trouvons le filet vide, sans aucun poisson.
Il parait que les sorkos ont le pouvoir d’appeler le poisson?
Certains d’entre eux que l’on appelle les Doh, c'est-à-dire les propriétaires du fleuve, sont capables d’appeler le poisson. Il faut savoir que le fleuve est subdivisé en plusieurs parties et chaque partie est dirigée par un Doh. Ce titre, ils l’ont hérité de leurs ailleuls bien avant la colonisation occidentale.
Les Doh n’appellent pas le poisson à tout moment. Ils le font en cas de force majeure ou bien lorsque quelqu’un met en doute le pouvoir qu’ils ont ou bien encore si quelqu’un d’autre essaie de les défier. Ils montrent ce pouvoir également lorsqu’ils sont en colères.
En tant que sorko je ne réagis pas aux provocations ou aux défis, je laisse passer. Par contre si un quelconque individu se noie dans le fleuve je pourrais lui apporter mon secours, je pourrais le sauver, j’en ai l’habitude. Mais il faut savoir y faire sinon le fleuve emporterait la victime et le sauveteur, même s’il est un sorko.
Comment se passe votre cohabitation avec les animaux aquatiques ?
Avec les hippopotames et autres nous nous connaissons très bien, nous nous entendons bien, nous avons des bonnes relations. Sauf que des fois si nos chemins croisent les leurs, et que, nous constatons qu’ils ne sont pas de bonne humeur, alors nous leur cédons la place aussitôt. Nous comprenons lorsqu’ils sont furieux.
Personnellement je n’ai jamais eu de problème avec les hippopotames. S’ils m’aperçoivent me diriger vers eux ile me mettent en garde et si c’est moi qui les aperçois en premier je change d’itinéraire. Dans le cas où il n’est pas furieux c’est lui qui cède la place.
Quelqu’un qui n’est pas sorko, l’hippopotame ne le met pas en garde du danger, il l’attaque directement. L’hippopotame est un herbivore, mais une fois qu’il a attaqué un être humain ou un animal jusqu’au sang il devient et demeure trop dangereux. Il attaque tout sur son passage, y compris les sorkos.
Un sorko ne provoque jamais l’hippopotame, si ce dernier pourchasse un sorko c’est qu’il lui est tombé dessus par accident. Ce genre d’accident se produit aux heures où l’hippopotame sort de l’eau pour chercher à manger aux abords. A ce moment il devient furieux, parce qu’il a faim.
Il passe la journée dans l’eau et en sort au couché du soleil pour brouter. Il lui arrive aussi de monter aux abords les après midi. Un midi j’en ai trouvé un couché dans mon potager situé au bord du fleuve, une autre fois dans ma rizière entrain de brouter ma plantation « Là tu me cherches, tu sais » je lui ai dit, mais il m’a ignoré et a continué à brouter.
Est-ce que tu essaies de dire qu’il pouvait te comprendre ?
Ils comprennent tout, ils comprennent toutes les langues. Ce jour-là je lui ai parlé en Zarma et il m’a répondu qu’il avait faim. Il a grandement ouvert sa gueule, c’était sa réponse. A chaque fois qu’il ouvre sa gueule il transmet un message ; il le fait également lorsqu’il joue.




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