Les banlieuZ’arts


 
 
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D’après « Une poignée de poussière » d’Amadou Hampâté Bâ

jeudi 11 avril 2013

La Compagnie Kadam-Kadam du Togo a présenté "Les banlieuZ'arts" lors du festival de théâtre Émergences, à Niamey le 04 avril à 20h30 au CCFN Jean Rouch et le 06 avril à 16h30 au Centre des jeunes de Talladjé.
Une pièce adapté et mis en scène par Luc Alanda Koubidina.

Synopsis :
Quelque part, à Timda M’bala. Trois compagnons doivent effectuer le partage du produit de leur travail. C’est l’amorce de toutes les facettes de ruse, mensonge, altercations, loi du plus fort et du plus faible… Ici, il s’agira de recréer le récit d’une vie et d’une mort, du néant, des peurs, du pouvoir, du contre-pouvoir, du temps de l’exil et de la survie.

Distribution: Gilbert Agbevide ; Ernest Mimpaguib ; Douty Marlène ; Edoh Tchakan.

Une scène. Sur cette scène, une estrade habillée d’un lin blanc. Devant l’estrade, une calebasse. De la musique monte.
Le premier personnage arrive sur la scène…À quatre pattes. Le torse nu. Au son de la musique, il s’enduit le corps. La tête d’abord. Puis le torse. Ensuite les bras. Il se badigeonne au kaolin puisé de la calebasse. Du kaolin liquide. Epais. Kaolin de terre. De cette terre-élément. La terre pour baptiser.
La musique devient saccadée. Le personnage tape. Bat le sol avec ses mains. Fort. De plus en plus fort. Longtemps, il martèle le sol. À faire se soulever un nuage de poussière. Le nuage monte. Blanc. Opaque. Il monte, le nuage, au son de la musique à présent en transes. Le nuage couvre le personnage. Le nuage déborde et recouvre la scène. Mise en espace de vent. Baptême d’air.
Deux autres personnages font leur entrée sur scène. Perchés sur des échasses. Les premières longues de deux mètres. Les secondes de trois.
Il se met à pleuvoir des projectiles de…sachets d’eau sur le premier personnage qui s’est assis sur l’estrade. Une pluie drue. Une pluie de dix. Vingt. Trente. Quarante. Cinquante. Soixante sachets d’eau d’un demi litre chaque. Plus, peut-être. Baptême d’eau. « Elle est bien froide, la flotte », dira-t-il plus tard, l’arrosé, après le salut au public.
Soudain, un quatrième personnage jusque là fondu dans du noir de mur, entre en scène. En vomissant du feu. Le feu…Un des quatre éléments.
Quand le joueur de feu a fini son rituel, il va rejoindre les autres personnages sur une scène haute d’un bon mètre à laquelle il accède sous les applaudissements répétés du public. Car, lui, le personnage au feu, est perché sur des échasses hautes de quatre mètres. Du dessus de sa démesure, il rase complètement la scène.

Ainsi entre-t-on dans les banlieuZ’arts.

Les banlieuZ’arts, spectacle nécessairement à voir, a cette particularité d’aller au delà de la dimension de la simple écoute. Pendant les trente huit minutes qu’il dure, il crée un espace affectif et entretient une communion entre quatre comédiens et leur public.

« Oh...Il ne faut pas qu’ils tombent ! », laisse entendre un enfant, qui s’accroche au bras de son père.Et c’est le cœur suspendu au bout des deux échasses qui portent chaque personnage que ce public, pour une fois le regard en l’air, suit…Et attend. Une attente qu’on devine crispée. Un ah…Un oh de frayeur, heureusement vite oubliée face à la souplesse de ces comédiens qui savent autant dompter et rester en communication avec leurs échasses, que donner vie aux rêves de leur public.

Quand un spectacle, de bout en bout se passe sur des échasses, dont une paire s’élève jusqu’à quatre mètres du sol. Que ces personnages-là soient en perpétuel mouvement. Qu’ils doivent répliquer, se déplacer, conduire un jeu d’acteur en ayant un œil posé sur des échasses qui les séparent du contact avec le sol ferme…Voici un défi, en plus des défis convenus au théâtre, à relever pour ces artistesqui, ainsi que l’a dit un comédien, « ont dû répéter pendant trois bons mois pour établir et entretenir la communication avec leurs échasses ».

Spectacle initiatique, à la frontière du mystique même, Les banlieuZ’arts l’est assurément. Des mots –ils sont peu nombreux mais imposants- dits d’en haut. Des répliques qui paraissent venir des cavernes au dedans des personnages.

Par le pouvoir qu’il a de donner au public une autre possibilité de lecture d’un spectacle de théâtre, de lui créer un autre mode de rencontre avec la scène, Les banlieuZ’arts charme.  

En choisissant de s’élever en hauteur, et ce par le jeu des échasses, le metteur en scène, qui intègre une dimension traditionnelle au théâtre contemporain, donne un soupçon de réponse à une question que beaucoup se posent : « quelles œuvres, quels messages pour notre théâtre contemporain ? » 

Bello Marka 

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