Conférence : les problèmes de l’édition au Niger.


 
 
Envoyer
Imprimer Commentaires - Ajouter 2056 lectures Diminuer la taille de la police Augmenter la taille de la police Partagez-sur Delicious Partagez-sur Facebook Partagez-sur sur Digg Partagez-sur Wikio Partagez-sur Twitter Partagez-sur Blogmarks

mardi 26 février 2013

Le samedi 23 février, à 16 heures, dans la salle de projection du CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien) de Zinder, s’est déroulée une conférence animée par le docteur Saley Boubé Bali, chef du département littérature, art et communication à l’université de Zinder. Son thème portait sur les “ les problèmes de l’édition au Niger ”.

   “ Parler de l’édition au Niger est un euphémisme. Quand on fait l’inventaire des maisons d’édition en Afrique, notamment francophone, et dans le monde, il n’y a pas au Niger une seule maison d’édition qui réponde aux normes requises ”. C’est par ces phrases qui dévoilent avec gravité l’état de l’édition au Niger que commence cette conférence à la fois riche et édifiante à laquelle ont pris part une importante communauté d’étudiants, ainsi que des auteurs et des personnes intéressées par la question de l’édition.

   Le conférencier qui a de prime abord tenu à dénouer l’amalgame souvent fait entre le métier d’éditeur et celui d’imprimeur, a entretenu l’assistance de la question de la chaîne du livre. “ Celle-ci, dira-t-il, va de la création -écriture de l’œuvre par l’auteur-, à sa remise à un éditeur, qui, lui-même, la soumet à ses assistants. Ces derniers sont entre autres le correcteur et le maquettiste. Ensuite la chaîne se poursuit avec l’imprimeur qui tire le livre pour finalement finir avec le libraire qui le vend. ”
   Pour dresser la genèse des maisons d’édition, les premières appartiennent à l’État. Ce sont l’INDRAP qui produit des ouvrages scolaires et la Nouvelle Imprimerie du Niger. La toute première maison d’édition privée de ce nom à avoir vu le jour est celle des Éditions du Sahel de Albert Issa créée en 1985. Mais  cette dernière n’a pas survécu à la mort de son initiateur. Ensuite sont venues les Éditions Ténéré de Inoussa Ousseini qui publient surtout des livres scolaires. À partir des années 2000, la Coopération française a alloué des fonds d’aide à l’édition. Ces fonds étant destinés aux éditeurs plutôt qu’aux auteurs, on a assisté à une floraison des maisons d’édition. Nathan Amadou, Gashingo (qui a hérité du projet d’édition de la GTZ) Afrique lecture (qui édite des annales) Bundi, Alpha, etc. Mais la plupart des maisons d’édition ont connu des difficultés une fois que ces périodes d’aide sont passées parce qu’elles n’avaient pas réellement la vocation et que certaines d’entre elles n’étaient que de circonstance.

 Ainsi que l’a expliqué le conférencier, “ les véritables problèmes de d’édition au Niger sont d’abord liés au manque de ressources humaines et de compétences. Un rapide constat permet de remarquer qu’il manque certains maillons dans la chaîne du livre. Manque de correcteurs qualifiés. Manque d’aide à l’édition  ”.   Le manque de fonds d’aide constitue une autre entrave à l’épanouissement de l’édition. “ Et même quand ces fonds existent, fera-t-il remarquer, ils sont d’avantages politiques et ne servent pas à appuyer des auteurs, mais des personnes particulières ”.
   Parmi les problèmes, on notera également le manque de critiques littéraires. Or ceux-ci sont un maillon très important dans la chaîne en raison de leur pouvoir à donner de la visibilité au livre et à influencer le lectorat à travers les avis qu’ils émettent sur les œuvres.
   Tout en sachant qu’au Niger, comme l’a indiqué le conférencier, “  il  n’y a pas de fait littéraire qui englobe depuis la production littéraire jusqu’au lectorat ”, comment trouver des solutions pratiques aux problèmes de l’édition ? Le docteur Saley Boubé Bali en esquisse la réponse : “ le livre étant une question de souveraineté nationale, l’État a le devoir d’appuyer le secteur en créant une chaîne du livre ”.
   Mais, en amont de cette chaîne, il y a d’autres préalables à régler, comme, par exemple, que l’État songe à former des gens du métier pour professionnaliser le secteur. Ensuite, il faut qu’on situe l’importance même de l’écrivain dans le processus de notre développement. “ Il faut, de façon claire, qu’on puisse répondre à la question suivante : quel est le rôle et la mission de l’écrivain dans un contexte comme celui du Niger ”, dira le conférencier avant de poursuivre : “ Cette question ramène au fait que l’écriture doit cesser d’être un simple passe-temps mais constituer un métier à part entière. Dans cette optique, il faut mettre les artistes dans des conditions de création adéquates ”.
   Et au bout de cette chaîne, conclura le conférencier, “ l’État se doit de commander les meilleurs livres édités pour appuyer l’édition. Cela va obliger les éditeurs à faire un travail de qualité et à produire des ouvrages qui répondent aux attentes légitimes des lecteurs ”. 

Lors de débats qui ont suivi l’exposé du conférencier, un participant a noté avec regret la démotivation générale des nigériens pour la lecture, donc pour le livre “ Nous participons au découragement de l’écriture  ”, dira-t-il. Tout en indiquant qu’il possède des manuscrits qui dorment dans son tiroir, il a  ajouté avec beaucoup  d’amertume : “ nous sommes des victimes condamnées par les problèmes de l’édition au Niger ”
   En tout état de cause, le développement des industries de la culture, et par conséquent celui des métiers de la culture, dépend, on le sait, d’un choix politique. Dans un pays où l’analphabétisme est une gangrène au dos du développement, et où l’État prône la promotion des langues nationales, l’existence de vraies maisons d’édition nationales, qui devrait faire partie des priorités, doit rester, à n’en point douter, un objectif qu’il faille nécessairement atteindre si l’on veut prétendre à une croissance partie de la base et qui soit durable.  
Bello Marka

 

Commentaires

2 à 100 caractères
10 à 2000 caractères
Entrez les caractères affichés dans l'image