Campagne d’explication et de vulgarisation du concept “ activités culturelles thématiques décentralisées ” dévolues aux régions.
Étape de Zinder
mercredi 13 février 2013Dans l’après midi du lundi 11 février, la Maison de la Culture Abdousalam Adam de Zinder a servi de cadre à une importante réunion. Cette rencontre était animée par la délégation du Ministère de la Jeunesse des Sports et de la Culture (MJS/C) conduite par Nouhou Karidjo, le directeur des arts, qui sillonne la région Est du Niger dans le cadre de la campagne d’explication et de vulgarisation du concept “ activités culturelles thématiques décentralisées ” dévolues aux régions.
C’est dans une maison de la culture prise d’assaut par les artistes que la délégation a tenue une conférence à laquelle ont assisté entres autres le président du conseil régional, monsieur Mahaman Moutari Ousmane, le secrétaire général de la région de Zinder, monsieur Albarka Alzouma Marou, une représentante pour la circonstance du maire central, madame Rakia Djibo, le Shamaki du sultan de Zinder, Elh Sanoussi Nakandari ainsi que les directeurs régional et communal de la culture. “ Le but de notre mission, dira le chef de mission, est de nous entretenir avec vous sur les raisons qui font que les activités thématiques décentralisées ne marchent pas malgré qu’elles aient été dévolues aux régions ”.
L’activité culturelle phare dévolue à la région de Zinder étant le prix national du théâtre et de l’humour Kara da kiyashi, c’est naturellement sur le théâtre et ses problèmes à Zinder que se sont focalisés les débats ayant suivi les allocutions des différentes personnalités.
Parmi les nombreuses interventions, celle du président du conseil régional a particulièrement recueilli l’adhésion des artistes : “ Désormais, a déclaré ce dernier, nous allons mettre en valeur nos richesses artistiques et culturelles ”. Dans ce cadre, il a invité les artistes à déléguer un représentant qui va rencontrer leur conseil lors des prochaines assises afin qu’il transmette leurs doléances. “ Ensemble, ajoutera-t-il, nous allons étudier vos problèmes essentiels et voir leurs solutions éventuelles ”.
Hadjia Délou Haboubacar dite Kara da kiyashi, celle dont l’activité culturelle décentralisée de Zinder porte le nom, présente pour la circonstance, cette talentueuse actrice qui s’est battue pour l’avènement du théâtre nigérien, en prenant la parole, a tenu à dire avec une amertume à peine voilée : “ les héritiers que nous avons laissés n’ont pas pu porter haut le flambeau que nous leur avons transmis ”.
Pour rendre à l’histoire ce qui lui appartient, c’est une autre actrice, qui a tenu à lui dire avec une voix brisée par l’émotion : “ nous sommes fiers d’être vos héritiers. Mais nous avons beau aimer le théâtre, nous sommes obligés de baisser les bras. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas d’accompagnement des autorités. Il n’y a pas d’appui des responsables. ”
La question essentielle de la réunion qui porte sur les raisons du délaissement des activités culturelles thématiques décentralisées par les régions à qui en incombe la charge, a fait l’objet de deux interventions qu’il faudrait noter. D’abord celle du Shamaki du sultan de Zinder : “ Lorsqu’on décidait de cette activité, est-ce qu’on a consulté les populations de Zinder pour savoir ce qu’elles voulaient ? Est-ce qu’on a demandé aux autorités de la région de Zinder quel sens et quelle portée pouvait avoir pour elles Kara da kiyashi ? ” À cette question restée sans réponse, Elh Sanoussi Nakandari a répondu : “ Non ! On a pensé à notre place. Et on nous a amené une activité qui, parce qu’elle ne reflète pas toutes nos préoccupations, ne suscite ni l’adhésion, ni l’enthousiasme des autorités et des populations ”.
Qu’est-ce qu’il faut faire, alors, est-on en droit de se demander ? Le Shamaki, en homme de culture qu’il est, notamment de théâtre, propose cette solution simple, mais conséquente : “ laissons aux Damagarawas le soin de penser et de créer leur Kara da kiyashi. Laissons-les y intégrer les jeux traditionnels propres à leur région. Laissons-les inclure leur Wasan kara et autres activités qui leur sont chères. ”.
La seconde intervention qui est celle de Dan Mamou, un des doyens parmi les acteurs, a fait découvrir un autre aspect du problème : “ 2 ou 3 jours avant la tenue de Kara da kiyashi, qu’est-ce que nous, les Zindérois, voyons ? Nous voyons débarquer les savants du ministère de la culture avec leurs grosses sacoches. Ils arrivent. Ils s’installent. C’est les maîtres. Ils gèrent tout. Dirigent tout. Après, quand tout est fini, ils s’en vont avec le jus dans leurs sacoches. Et on nous laisse avec le rangement de matériel ”.
Tous les artistes se sont accordés à reconnaître que la faille dans l’organisation des activités culturelles vient en grande partie du fait que le ministère à qui incombe la gestion nationale de la culture ne fait pas assez pour le rayonnement de la culture nigérienne. L’appui qu’il crie haut apporter aux artistes eux même, à plus forte raison aux événements culturels, n’est que peu par rapport aux besoins et n’est pratiquement rien quand on regarde l’appui que les autorités des autres pays apportent à leurs artistes.
Pour ceux qui ont voulu prêcher au manque de moyens, certains participants n’ont pas manqué de leur répliquer que “ l’État, pourtant, injecte des milliards dans le sport. Et pourquoi pas dans la culture ? ”
Si l’Etat, tel qu’il l’entend, d’un côté veut se désengager et laisser aux régions le soin de prendre en charge les activités culturelles thématiques décentralisées qui leur sont dévolues, doit-il alors, de l’autre côté, continuer à “ mettre dans la poche de Niamey seul les 96 % du budget national de la culture et n’en laisser que 4 % pour le fonctionnement des 7 autres régions ”, ainsi que l’a expliqué un responsable régional en parlant de la répartition des fonds de la culture ? Attendons de voir…
Bello Marka




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