Quand le CCOG renoue avec son histoire : une Nuit des Étoiles inoubliable
Trois générations unies pour célébrer les artistes disparus
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2/15/2026 7:41:26 PM - Publié par contact@fofomag.org  


Dans une nuit où le passé a retrouvé sa voix, le CCOG a ressuscité vingt ans de silence pour laisser briller les étoiles disparues. Entre ferveur, mémoire et renaissance, Niamey a vécu un moment suspendu où la musique a rallumé ce que le temps croyait éteint.


Le Centre Culturel Oumarou Ganda (CCOG) a renoué, le 13 février, avec la puissance d’un véritable concert live - une première depuis vingt ans - lors d’une Nuit des Étoiles spécialement dédiée aux artistes musiciens disparus. Organisée par l’Institut National des Arts et de la Culture (INAC), le CCOG et l’ANACIMM, cette soirée a rassemblé trois générations d’artistes et un public venu en masse saluer la mémoire d’un patrimoine musical inestimable.



Cet hommage s’inscrit dans la continuité de celui rendu à Jhon Sofakolé le 23 novembre 2025 à la galerie Taweydo, après son décès le 13 octobre 2025. La DG du CCOG et le DG de l’INAC, touchés par cette première initiative, ont alors voulu étendre l’hommage à quinze figures majeures de la musique nigérienne. Pendant trois semaines, l’INAC a mis ses studios à la disposition d’artistes bénévoles déterminés à faire revivre les œuvres de leurs prédécesseurs. La soirée s’est ouverte avec Mao, seul artiste encore vivant de cette génération, interprétant son classique Dagradi System. Sous la direction du Maestro Harobasse, un orchestre de 12 musiciens et 15 chanteurs, appuyé par des éléments des FAN (deux chanteurs, un trompettiste et un tromboniste) a ensuite livré près de quatre heures de performance, revisitant une trentaine de titres de Saadou Bori, Moussa Poussy, Hamsou Garba, Jhon Sofakolé, El Hadj Taya et bien d'autres. La diva Fati Mariko et son fils Kitary ont illuminé la plupart des morceaux, confirmant leurs rôles de passerelles entre mémoire et transmission, dans l’esprit de ses déclarations récentes à l’ANP sur la nécessité de « faire revivre le passé de notre musique nigérienne ». 



Le public était à l’image de cette rencontre intergénérationnelle : des jeunes venus découvrir un héritage qu’ils ne connaissaient que de nom, des plus âgés submergés par la nostalgie, ainsi que de nombreuses personnalités artistiques et diplomatiques. Parmi eux : Alphadi, Mali Yaro, Idi Sarki, Dias, Black Mailer, Jhonel, ainsi que des représentants du Ministère de la Refondation, du Ministère de la Culture et les ambassadeurs d’Espagne, d’Italie et des Pays-Bas. Cette nuit, le CCOG a retrouvé sa vocation première : accueillir les grandes scènes trop longtemps délaissées. 



Un spectateur résumera ce que beaucoup ressentaient :

« Cela faisait 17 ans que je n’avais pas assisté à un concert, mais hier j’ai vécu un moment inoubliable. J’ai chanté avec vous, car je connaissais toutes ces chansons, même si je les chantais mal. »

Un témoignage qui reflète la puissance affective d’une soirée où la mémoire collective a retrouvé sa voix.



Si la Nuit des Étoiles a réussi à redonner vie au CCOG comme jamais depuis deux décennies, c’est grâce à une mobilisation profonde et collective du monde culturel nigérien. L’INAC a assuré toute la logistique de répétition, le CCOG a mis à disposition sa salle, l’ANACIMM a pris en charge la sonorisation, et le BNDA a offert une scénographie soignée. Autour de ces institutions, des volontaires issus du milieu artistique ont également joué un rôle essentiel : Dias, animateur culturel et responsable de la galerie Taweydo ; Almeida, leader du groupe Tal ; Marie Adji, créatrice de Fofo Magazine ; Don D et Leyo Razak, influenceurs très suivis ; ainsi que de nombreux artistes et techniciens mobilisés dans l’ombre. Leur engagement entièrement bénévole a permis de produire un spectacle d’une ampleur rare, à la hauteur de la mémoire qu’il portait.



La soirée a révélé des moments profondément marquants, notamment la reprise bouleversante de Karan Mota par Aziz Tony, et la performance exceptionnelle de Yacouba Moumouni, leader de Mamar Kassey, qui pour la première fois de sa carrière a prêté sa voix à des œuvres d’un autre artiste, sublimant Sibo et Gajera de Moussa Poussy.



Au terme de cette nuit historique, un constat s’impose : le CCOG a retrouvé sa voix, et la mémoire musicale du Niger a retrouvé ses héritiers. Grâce à une mobilisation citoyenne, institutionnelle et artistique, la Nuit des Étoiles a prouvé que le patrimoine musical nigérien n’appartient pas au passé - il continue de vivre, vibrant, vibrant encore, et prêt à inspirer les générations futures.



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