Patrimoine : le musée régional de Zinder menacé de disparition. Imprimer
21/05/2013 04:44:13 - Publié par fofo_mag@yahoo.fr  


Madame Ibrahim Habsatou est la directrice du musée régional de Zinder. Depuis 2009, elle dirige ce centre qui est confronté à un certain nombre de problèmes dont la plus visible est l’occupation anarchique et illicite de son espace par des usagers. Et ce sous le regard indifférent et même complaisant des autorités locales qui, en toute évidence, ne semblent pas mesurer la gravité d’un tel état.


Madame la directrice, pouvez-vous nous présenter le musée régional de Zinder ?

Le musée régional de Zinder a été créé en 1988 par décision du Conseil Régional de Développement. Il dispose de 2 sites. Le 1er est le centre de collecte situé dans la zone résidentielle qui sert de pavillon témoin et qui abrite actuellement la direction du musée. Le 2ème site est situé sur la place de l’ancien hippodrome (plus connu sous le nom de Hilin Kurus). Celui-ci dispose de 4 pavillons dont un pavillon français et un allemand. Quant aux deux autres pavillons, qui sont destinés à l’exposition, ils accueillent respectivement l’exposition ethnographique et l’histoire du Damagaram.



Chaque 18 mai, la communauté internationale fête la journée internationale des musées. Quel sens et quelle portée a cette journée ?

L’ICOM (Conseil International des Musées) a créé en 1977 la journée internationale des musées afin de sensibiliser le public sur le rôle des musées dans le développement de la société. L’objectif de cette journée est de se réunir au musée autour de la devise “  le musée, moyen important d’échanges culturels, d’enrichissement de culture, du développement, de la compréhension mutuelle, de la coopération et de la paix entre les peuples ”. Cette année le thème est “ mémoire + créativité = progrès social. ” C’est la richesse de notre héritage culturel dont les musées sont les dépositaires associées à l’inventivité et la vitalité avec lesquels le secteur muséal s’est animé ces dernières années qui fait aujourd’hui la force des institutions muséales. Le combat que s’efforcent de mener les musées est de concilier leur mission traditionnelle de conservation de la mémoire avec la créativité nécessaire à leur renouveau. 



Comment procédez-vous à la collecte ? Quels sont les problèmes rencontrés ?

Dans le musée, les objets sont acquis par achat, par don, par legs, par prêt, par donation, etc. Pour le cas spécifique de Zinder, à la création du musée, on a fait appel aux bonnes volontés. Certaines ont bien voulu donner gratuitement. D’autres ont vendu. Une fois qu’on acquiert les objets, on les documente avant de les mette à exposition en réserve.



La conservation du patrimoine nécessite un investissement. Pensez-vous avoir à votre disposition les moyens nécessaires pour assurer votre mission ?

Les moyens font défaut et actuellement nous sommes sur un programme de réhabilitation du musée qui nous permet d’engager des recherches de moyens. Nous avons néanmoins des partenaires traditionnels comme la coopération française, allemande et des ONG comme le CISP dont nous saluons ici le dynamisme et la disponibilité à nous aider et à nous accompagner. Les partenaires nous ont déjà aidés à faire l’état des lieux et nous espérons qu’ils vont continuer avec enthousiasme à être à nos côtés.



L’existence d’un centre de collecte ne semble pas être connue du grand public. Quelle stratégie développez-vous pour mettre cette information à disposition du public ?

Nous avons mis en chantier une réhabilitation du bâtiment ce qui va nous permettre de monter une exposition durant laquelle nous allons inviter le public à venir voir. Et nous nous appuyons sur un partenariat avec les médias pour faire connaître les activités du musée et surtout à faire découvrir les problèmes.



Pouvez-vous nous parler des différents objets que votre centre a eu à collecter ?

Nous avons, toutes catégories confondues, plus de 200 objets relatifs à l’histoire, à l’ethnographie, (instruments de musique, instruments aratoires) poterie, etc. Dans le pavillon historique, nous avons les armes et les objets relatifs à la période coloniale, les objets archéologiques et les tableaux ainsi que les photos de certains sultans qui ont marqué l’histoire du Damagaram.



Certains objets historiques comme la porte de Mirriah ne peuvent pas être exposés au musée régional. Quelles mesures conservatoires votre centre compte- t-il prendre pour que de tels objets ne soient pas avariés suite à l’exposition à l’air libre ?

Pour ce qui est de la porte de Mirriah, l’honorable sultan porte le projet de création d’un musée. Dans ce cadre, des objets du sultanat vont être mis dans des conditions adéquates. Le canon qui a servi lors de la bataille de Tirmini est actuellement exposé dans un pavillon.



À quand aurons-nous finalement droit à un véritable musée régional à Zinder ?

Le projet était au début très ambitieux. Mais après, il n’y a pas eu de suivi. L’engagement des autorités politiques a failli. En ce moment, il y a un manque d’engagement des autorités administratives et au niveau régional.



On constate une occupation anarchique du périmètre du musée. Quel appel lancez-vous aux autorités pour que ces occupants soient déguerpis ?

L’occupation anarchique et illicite du site pose beaucoup de problèmes car nous ne pouvons mener aucune activité. Nous avons informé les autorités à tous les niveaux. Malheureusement aucune solution n’est envisagée. L’appel que nous lançons à ce niveau est que le musée régional est une propriété de la région. C’est donc à la région de savoir prendre et gérer les initiatives.



Avez-vous un dernier mot ?

Mon dernier mot est un appel que je lance aux élus locaux. Le problème d’occupation de notre site ne leur est pas étranger, et ils ont le pouvoir de décision. C’est donc à eux de déguerpir les occupants. Et s’ils ne font rien, le musée régional va disparaître. Et eux seuls vont porter la responsabilité devant leurs enfants, devant les populations qui les ont élus, et devant l’histoire.



Interview réalisée par Bello Marka

 



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