Le hall de la médiathèque du Centre Culturel Franco-Nigérien (CCFN) de Zinder, ce jeudi 07 mars, a servi de cadre à une séance de l’activité littéraire Nouvelles plumes. C’est, pour la circonstance, mademoiselle Jamila Idrissa Kanda, étudiante en aménagement du territoire et urbanisme à l’université de Zinder, également écrivain, qui a présenté au public sa nouvelle intitulée Koubeini. Cette activité qui se tient chaque fin de mois, a été organisée, à titre exceptionnel, pour promouvoir le genre, dans le cadre de la journée internationale des droits de la femme.
Après que Bachir Djibo, l’artiste chargé d’animer cette activité dont l’objectif est de faire découvrir au public de nouveaux talents littéraires, ait donné une lecture de quelques extraits de sa nouvelle écrite dans les années 2009, ce sera au tour de cette jeune auteure de présenter son œuvre. “ Koubeini, dira-t-elle, est le cri de cœur des femmes d’un village typique d’Afrique. Des femmes opprimées, battues, mais qui ne demandent juste que l’instauration d’une égalité de chances entre l’homme et la femme dans la vie de tous les jours. ”
En effet, Koubeini est l’histoire d’un village dans lequel une jeune fille tombe enceinte hors mariage. Pour que l’exemple ne fasse pas école, les villageois décident de punir cette dernière en l’obligeant à quitter le village. Voilà le début d’une histoire qui finit par bouleverser les règles de cette société attachée à ses traditions. En plus, un certains nombre d’événements rend la vie tendue dans ce village…La saison des pluies est mauvaise, donc les récoltes catastrophiques. L’école, en paillotte, est emportée par les eaux de pluies. À la rentrée, le maître demande aux parents de contribuer pour deux mille francs par élève, à la reconstruction des classes en paillottes de l’école. Les pères versent les frais pour les garçons mais pas pour les filles qui se retrouvent obligées de rester à la maison. Les différentes péripéties poussent les femmes du village, qui se sentent opprimées, à une graduelle révolte.
Jamila dit être entrée dans l’univers de la littérature en 2003, alors qu’elle était en classe de 5ème : “ J’ai écrit à la suite d’une dispute entre ma grande sœur et moi. J’étais tellement énervée que je n’arrivais pas à me libérer. Et il me fallait trouver un moyen de me défouler, d’évacuer ma colère. J’ai pris mon stylo et j’ai commencé à écrire, à me déverser. ”
Depuis, elle a écrit. De petits textes. Des pièces de théâtre à l’école. Lors des séances de Lectures nocturnes, au CCFN de Niamey, où elle écrivait ses propres textes qu’elle faisait lire par des copines.
Aujourd’hui que sa plume est beaucoup plus affinée, et quelle a choisi la nouvelle comme genre d’écriture, Jamila a une vision claire du rôle et de la place que l’écriture occupe dans sa vie. “ Écrire, confie-t-elle non sans conviction,est ma manière à moi de m’exprimer, de penser, de dire ce que ressens. ” Tout en relevant le beau voile qui lui couvre ses cheveux défrisés, elle ajoute : “ Le constat que l’on fait est que l’on ne donne pas la parole aux femmes, surtout rurales. Pourtant, les femmes ont des choses à dire d’important. ”
Et c’est pour donner cette parole refusée aux femmes rurales, ses sœurs, que Jamila a écrit cette nouvelle, -qu’elle a commencé à écrire 2009- et qui fait d’elle, comme elle l’a si bien dit “ une porte parole des femmes ”.
Jamila, face à ces féministes qui prônent l’égalité entre l’homme et la femme, “ celle qui dit toi le mari tu paies l’eau et moi la femme je paie l’électricité ”, et qui disent parler au nom des femmes rurales et de défendre leurs droits, se demande : “ Mais est-ce que celles-ci sont sûres que c’est ce que veulent les femmes rurales ? ”, avant de conclure avec tact : “ Je suis cette féministe qui réfléchit par rapport aux choses qu’on peut demander, qui ne provoquent pas de frustrations au niveau de la société. ”
Lors des débats très enrichissants qui se sont longuement tenus, à la question de savoir si elle a écrit assez de nouvelles et se sent du coup prête à affronter le comité de lecture d’une maison d’édition, donc, par ricochet, la critique des lecteurs, Jamila, fermement, a répondu : “ oui ! ”
Bonne chance Jamila. Quant à vous, femmes, à vos plumes !
Bello Marka