Mallam Mamane Barka : dépositaire du Biram.
lundi 18 février 2013
Le samedi 16 février à 21 heures a eu lieu dans la salle de spectacle du CCFN (Centre Culturel Franco-Nigérien) de Zinder, un concert animé par Mallam Mamane Barka et son Biram. Le musicien était accompagné par son inséparable compagnon de tous les voyages, le percussionniste Oumarou Adamou, avec son Duma et son kalangu.
C’est devant un public nombreux au premier rang duquel se trouve Lawan Na Zongo, propriétaire du studio d’enregistrement Alhéri Disco de Zinder, son tout premier promoteur, que Mallam Mamane Barka a gratté les cinq cordes de son Biram. Le Biram, c’est cet instrument de musique à cordes propre au peuple Boudouma, originaire du village de Doro Lelewa, sur les rives nigériennes du lac Tchad. Le concert, qui a duré plus de deux heures, a été convivial. Il a été affectif aussi. Il a été un moment de communion entre un homme passionné qui fait corps avec un instrument de musique de source unique, et un public enthousiasmé par la qualité et l’originalité des prestations. Concert également pas comme les autres où la parole, ici contée, qui a fait rêver le public, a tenu autant de place que la musique.
Mallam Mamane Barka, natif de Tesker, un des départements de la région de Zinder, instituteur qui a déposé la craie pour se consacrer à la musique, est un artiste connu du public zindérois pour ses nombreuses chansons dont Mairam. Avec sa verve de conteur, il a su faire découvrir au public, au fil du concert, des pans entiers de l’histoire du Biram.
Instrument mythique, le Biram originel que Kargila, le génie de l’eau, l’esprit protecteur du peuple Boudouma jouait comme berceuse sur la nuit de ses protégés, possédait dix cordes. Lorsque Kargila voulut le léguer au maître dépositaire, -en témoignage de sa bravoure d’avoir été le premier Boudouma à oser s’aventurer dans la nuit pour aller voir qui jouait d’un instrument sur le lac- il lui en tailla un à cinq cordes. “ Moi, je joue d’un Biram à dix cordes parce que chacune de mes mains a dix doigts, lui dira le génie. Comme toi tu n’as que cinq doigts, je t’en donne un à cinq cordes. ”
Le Biram, a cette particularité d’être à la fois un instrument à cordes et un instrument à percussion. En effet deux musiciens le jouent. Lepremier gratte les cordes. Et le second se sert de son extrémité en forme de pirogue comme d’un tambour.
En appuyant sa musique par la force du récit, Mallam Mamane Barka, à travers la culture du peuple Boudouma, le peuple de la pêche, des festivités, des vaches aux immenses cornes, de ses femmes parées d’or, qui habite encore ses cases, enferme ses beaux chevaux pour les prévenir du regard de l’envieux, se fait un éminent ambassadeur de la culture nigérienne.
En nouvel dépositaire du Biram Boudouma, dont le feu s’est éteint sur les rives du lac Tchad avec la mort du maître dont l’instrument trône au musée national Boubou Hama de Niamey pour heureusement renaître en lui, Mallam Mamane Barka, qui a appris à le confectionner, apprend, avec amour, aux enfants du Niger à le jouer. Pour que le Biram, notre Biram national, traverse les âges et fasse l’histoire.
Bello Marka




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